Un petit pas pour l’euro, un grand pas pour l’Europe

Mardi 8 septembre 2026 j’ai publié dans Les Echos une tribune pour appeler à participer à la consultation organisée par la Banque Centrale Européenne et à voter pour donner enfin une dimension culturelle à nos billets en euros.

https://www.tronc.org/wp-content/uploads/2026/09/20280908_Un-petit-pas-pour-leuro_Les-Echos-scaled.jpg

Titre : Un petit pas pour l’euro. Un grand pas pour l’Europe

Jean-Noël Tronc, professeur à l’ESSEC, co-titulaire de la Chaire Industries culturelles

La consultation publique sur les futurs billets en euros organisée par la BCE jusqu’au 21 septembre offre le choix entre « la culture européenne » et « les fleuves et les oiseaux ». De toutes les réalisations de l’Union européenne, l’euro est la seule utilisée quotidiennement par des centaines de millions d’Européens et de touristes du monde entier. Le choix est donc important.

Pour les 747 millions de touristes en Europe en 2024, comme pour tous les Européens, le billet en euros est le seul symbole d’identité européenne qu’ils auront entre les mains. Une monnaie est un véritable outil de soft power qui peut dire une histoire, comme celle des Pères Fondateurs des Etats-Unis sur les dollars.

C’est aussi un choix plein d’avenir. Si les Européens utilisent moins de billets pour leurs achats, la quantité de billets en circulation progresse avec 31,3 milliards de billets en euros fin 2025. Nos espèces sont aussi un actif thésaurisé et apprécié à l’international : Au moins 30 % des billets en euros seraient ainsi détenus hors de la zone euro.

Le choix pour nos futurs euros est de savoir si l’UE peut revendiquer l’histoire et la culture de l’Europe. A l’évidence, l’identité européenne ne s’incarne pas dans la faune ou la flore ; faire ce choix serait comme un nouveau déni 26 ans après le lancement de l’euro.

Il faut ici rappeler le triste épisode qui conduisit, à leur création, au graphisme si peu inspirant des euros actuels. L’idée initiale était de choisir des personnalités européennes, de façon d’autant plus évidente qu’il s’agissait de remplacer des monnaies nationales qui toutes incarnaient l’histoire et la culture des 11 pays fondateurs, comme nos francs illustrés de Diderot, Pascal, Delacroix et bien d’autres.

Mais la vision chère à Habermas d’une Europe dont les valeurs tiendraient lieu d’identité s’imposa et l’on renonça aux « Grands Européens et Européennes » et même aux monuments. La crainte d’une « attribution identitaire nationale » fit rejeter par exemple le pont du Gard, pourtant héritage d’un Empire romain ô combien porteur de nos racines européennes, au motif qu’il risquait de paraître… français !

On trouve ainsi sur le site internet de la Commission européenne l’explication « habermassienne » de nos euros : « Les fenêtres et les portes sur le recto symbolisent l’esprit européen d’ouverture et de coopération. […] Les ponts au verso symbolisent la communication entre les peuples d’Europe et entre l’Europe et le reste du monde. ». Savoureux ou pathétique, quand on sait que ces objets architecturaux qui incarnent plutôt le vide identitaire furent conçus pour n’être rattachables à aucun style architectural trop identifiable.

Il faut donc saluer le choix, par la BCE, de proposer de mettre en avant la culture européenne à travers des génies universels comme Marie Curie, Cervantès, Léonard de Vinci ou Beethoven, dont l’influence dépasse largement leur pays d’origine et même l’Europe.

On aurait pu retenir aussi des personnalités historiques essentielles de l’histoire de l’Europe, comme Charlemagne, Napoléon ou Churchill, mais avec un risque de polémique. On aurait pu aussi proposer les deux inventeurs du Web, l’anglais Tim Berners-Lee et le Belge Robert Caillau, manière de rappeler aux touristes américains ou chinois qui viennent en masse chez nous que l’Europe est aussi un grand continent d’innovation, y compris pour la révolution numérique. Dont acte.

L’essentiel est de ne pas laisser passer une seconde fois l’occasion de faire œuvre utile, et d’assumer notre fierté d’être Européens.

Le choix pour les futurs euros s’impose donc à l’évidence : Il faut voter pour une Europe incarnée, qui assume son immense héritage historique et sa contribution essentielle à la civilisation pour les arts et les sciences.

Un petit pas pour l’euro. Un grand pas pour l’Europe.