LE GRAND JOURNAL DE L’ECONOMIE – Le 12/07/2006 – 18 :47
Invité : Jean-Noël TRONC, directeur stratégie ORANGE France
Emmanuel DUTEIL
Faire baisser le coût des appels téléphoniques émis et reçus depuis l’étranger, voilà la volonté de Viviane REDING. La commissaire européenne à la Société de l’information a présenté aujourd’hui son projet de règlement. C’était notre invité, il y a maintenant une heure, sur BFM. La réponse tout de suite d’ORANGE. Jean-Noël TRONC, bonsoir.
Jean-Noël TRONC
Bonsoir.
Emmanuel DUTEIL
Vous êtes directeur de la stratégie chez ORANGE France. Viviane REDING veut faire baisser de 70 % environ le prix des appels reçus et émis depuis l’étranger. Cela va jouer sur vos marges du côté d’ORANGE ?
Jean-Noël TRONC
Oui. Evidemment. Mais le prix du roaming, il baisse déjà, il baisse depuis maintenant plus de cinq ans régulièrement, je pourrais vous en donner quelques exemples concrets, donc ce n’est pas l’enjeu du débat. La vraie question, c’est la méthode…
Emmanuel DUTEIL
Elle dit qu’elle a été obligée justement d’utiliser une méthode un peu dure parce que vous ne vouliez pas faire ce qu’elle vous disait.
Jean-Noël TRONC
Mais ça, c’est très surprenant. D’abord, parce que les tarifs de détail ont baissé considérablement, les tarifs de gros baissent aussi, mais surtout parce que les régulateurs eux-mêmes, les régulateurs nationaux, pour une fois, unanimes, avaient constaté, il y a encore quelques semaines, qu’une régulation du roaming ne leur paraissait pas souhaitable, en particulier parce qu’il y avait ce mouvement à la baisse qui était engagé.
Emmanuel DUTEIL
A côté de ça, vous constaterez, j’image, comme tout le monde, moi, le premier, comme je suis utilisateur à l’étranger, on sait que ça coûte horriblement cher de passer un appel et d’en recevoir depuis l’étranger. Viviane REDING dit qu’il y a une énorme marge pour faire baisser les prix, pour que vous gagniez encore de l’argent et que ça nous coûte, nous, un peu moins cher.
Jean-Noël TRONC
Mais concrètement, parlons des prix. On va prendre un exemple, on va parler des prix de détail, c’est quand même ce qui intéresse le consommateur. Il y a encore quatre ans, l’option roaming en soi, par exemple, était payante, chez ORANGE, c’était 3 euros par mois, elle est devenue gratuite il y a maintenant plus de quatre ans. Si on prend, beaucoup plus récemment, les offres business, les forfaits roaming business qu’on a lancés à l’automne, c’est 30 % de baisse sur le prix roaming unitaire. Si vous prenez ce qu’on vient de faire pour les vacances, on vient de lancer pour nos clients le pass roaming, cela aboutit à une baisse de 50 % sur le prix roaming, c’est des tarifs qu’on avait déjà faits d’ailleurs il y a plus d’un an. Ces moins 50 %, ça met concrètement le tarif d’un appel que vous passez dans l’un des vingt-cinq pays de l’Union européenne au même prix que les appels nationaux en Mobicarte. C’est le même type d’usage d’ailleurs parce qu’on parle d’utilisateur occasionnel. Il ne faut pas oublier – c’est important – qu’aujourd’hui, plus de la majorité des utilisateurs français d’un mobile n’utilisent pas le roaming…
Emmanuel DUTEIL
C’est-à-dire que…
Jean-Noël TRONC
… Ils ne voyagent pas.
Emmanuel DUTEIL
… D’après vous, du côté d’ORANGE, Jean-Noël TRONC, Viviane REDING vous fait un mauvais procès ?
Jean-Noël TRONC
Je pense qu’on est dans une logique un peu politique dans la communication qui est faite autour des prix du roaming. De toute façon, heureusement, il y a place pour le débat, puisque c’est une proposition, vous l’avez rappelé. Cette proposition, elle va être débattue avec le Parlement européen, elle va être évoquée avec le Conseil, donc avec les gouvernements. Nous, nous restons confiants.
Emmanuel DUTEIL
Vous comptez encore gagner ? Parce qu’il paraît, en tout cas, c’est la rumeur, qu’il y a eu une campagne de lobbying comme rarement la Commission européenne en a vu de la part des opérateurs de téléphonie mobile pour aller contre ce projet proposé par Viviane REDING.
Jean-Noël TRONC
J’ai entendu que ça avait été présenté comme ça, mais c’est aussi un peu politique. Parce que les opérateurs ont été quand même très transparents là-dessus. Cela fait des mois que nous rappelons publiquement un certain nombre de choses, que nous rappelons, premièrement, que dire que le roaming, c’est comme les tarifs nationaux, c’est juste absurde. Le roaming, c’est quand même une chose très particulière. Pour un client d’ORANGE, cela veut dire qu’il peut utiliser les réseaux de 378 opérateurs différents dans le monde qui ne sont pas les réseaux de leur opérateur. Cela veut dire, à chaque fois, pour nous, des accords d’interconnexions technologie par technologie. Ce n’est pas le même accord de roaming pour le Wi-Fi que ça ne l’est pour la 3G ou que ça ne l’est pour le GSM. Donc, tout cela a un coût, tout le monde en convient. Cela veut dire aussi que le fait qu’on paye quand on reçoit des appels ou que quand on appelle sa messagerie à l’étranger est parfaitement explicable. On a un modèle tarifaire européen qui est très avantageux. Quand vous êtes un client américain, vous payez pour recevoir un appel même quand vous êtes aux Etats-Unis…
Emmanuel DUTEIL
C’était ce qui passait il y a quelques années en France, ils ont un peu de retard sur ce point-là, les Américains, je ne sais pas si c’est un bon exemple…
Jean-Noël TRONC
On va prendre un autre exemple, c’est la messagerie vocale. Les clients français appellent leur messagerie vocale gratuitement, cet appel, il est payant à peu près partout en Europe. Donc, on a une structure tarifaire qui est quand même très avantageuse. Ca, c’est un premier point qu’on a simplement rappelé. Deuxièmement, on a rappelé quand même que c’est une bataille mondiale, le marché des télécoms, que le dernier grand mouvement de roaming en date, il s’est passé en Chine où les opérateurs ont augmenté de 70 % leurs tarifs de gros sur le roaming. Et qu’on ne voudrait pas continuer un modèle de régulation où en s’en prenant à la voix, au SMS, au roaming, au coût des fréquences, 100 millions d’euros par an, le droit d’usage de la fréquence GSM par an en France, là où le prix moyen européen, c’est 2 à 3 millions d’euros et où c’est gratuit au Japon, tout ça mis, bout à bout, ça crée un modèle de régulation qui, à la fin, peut être déstabilisateur parce qu’il est discriminatoire.
Emmanuel DUTEIL
Merci en tout cas, Jean-Noël TRONC, d’être venu donner votre réponse à Viviane REDING. Jean-Noël TRONC, directeur de la stratégie chez ORANGE France. FIN>