NetEconomie - 25/01/2005

«  Le DVB-h est complémentaire de l'UMTS »

 

Orange, qui rassemble les activités mobiles de France Télécom, a lancé son offre UMTS début décembre 2004. Le point sur ses premières offres de télévision sur réseaux cellulaires et l’avenir de la télévision mobile en broadcasting avec la norme DVB-H.

 

Entretien avec Jean-Noël Tronc, directeur de la stratégie et de la marque Orange France.

 

Estimez-vous que la télévision sera une motivation d’achat plus forte que la visiophonie, et que sa facturation à la minute est réaliste ?

 Jean-Noël Tronc : Nous avons déjà plus de 8 000 clients qui accèdent à de la vidéo sur un mobile 2G. La télévision, qu'il s'agisse de live ou de vidéo à la demande, sera une motivation forte pour les clients qui choisiront des abonnements 3G. Mais la visiophonie constitue indéniablement le service le plus « intense » en termes d'enrichissement de la communication.

 

Il est trop tôt pour donner les chiffres de l'Arpu (Average Revenu per User) mais dans un modèle de réseau cellulaire où les télécommunications se font de point à point,  la tarification à la minute est logique. Nous ne pouvons pas proposer de forfait illimité pour des services qui exigent beaucoup de bande passante. Nos nouveaux forfaits proposent toutefois un volume de données significatif pour tester la télévision, y compris en live.

 

La télévision mobile pourra-t-elle être interactive ? 

L'interactivité est justement l'une des raisons qui pousse au lien par la carte SIM et donc au réseau télécom pour la voie de retour. Les expérimentations dont Orange a annoncé qu'il sera parti prenante dès 2005 visent précisément à tester une intégration des services, comme de coupler par exemple chaîne musicale et téléchargement.

 

Nous sommes également convaincus qu'à terme, la télévision mobile sera un service pour le grand public. La clef pour garantir cette démocratisation passera par la commercialisation de terminaux cumulant télévision et téléphonie et non par celle de terminaux dédiés à la seule télévision, qui ne pourront bénéficier des subventions des opérateurs.

 

Comment appréhendez-vous la perspective du DVB-H sur la TNT, et la réaction du CSA accusant  les opérateurs cellulaires de tenter une « OPA sur le multiplex R5 »?

 

Le DVB-H est nécessairement complémentaire de l'UMTS et ce pour deux raisons : premièrement, c'est la seule technologie qui permet une diffusion en broadcasting sur des terminaux mobiles et notamment sur des téléphones mobiles ; deuxièmement, l'intérêt évident du grand public pour recevoir la télévision sur son mobile ne pourra pas être satisfait par un modèle télécom comme celui de la 3G.

 

La question du R5 est une question technique qu'il appartient au régulateur de trancher. Le seul enjeu sur lequel nous avons insisté est de pouvoir disposer, sans délais, de fréquences pour procéder à une vraie expérimentation DVB-H en France. Ce qui est clair, c'est que les fréquences pour une telle expérimentation n'existent pas dans les télécoms.

 

Depuis l'origine du numérique, l'industrie des télécoms qui compte tout de même 42.5 millions de clients en France, a toujours utilisé de manière optimale le spectre, par ailleurs facturé fort cher aux opérateurs mobiles puisque le coût annuel des fréquences GSM à partir de 2006 sera d'environ 100 millions d'euros par an pour Orange contre déjà 25 millions d'euros par an aujourd'hui. 

 

 À quoi pourrait ressembler l'écosystème de la télévision mobile ?

Notre absence de lien organique avec des groupes présents dans les métiers de la télévision nous conduit nécessairement à travailler avec tous les acteurs du secteur. Orange est donc au cœur des discussions avec les diffuseurs et les chaînes.

 

Il est clairement trop tôt pour dégager une vision de l'écosystème d'autant qu'il existe encore beaucoup de questions réglementaires en suspens. Toutefois, on peut déjà souligner que les opérateurs cellulaires disposent d'une part d'un savoir-faire sans équivalent en matière de communication et de distribution et d'autre part, que notre système de contrôle d'accès basé sur la carte à puce constitue certainement la solution naturelle pour répondre aux contraintes de sécurisation des données des producteurs de contenus.

Jean-Noël Tronc,

Recueilli par Jérôme Bouteiller